samedi 5 septembre 2020

Trois semaines au service de réadaptation cardiaque à La Roseraie de Montfaucon changent le cours d’une vie

 

La deuxième cour-jardin, avec en son centre la nouvelle salle de sport et de gymnastique.

Un accident cardio-vasculaire bouleverse instantanément une vie. Soit vous vous effondrez, soit vous entrez, comme ce fut mon cas, en pleine conscience dans une descente dont vous ne voyez pas le fond. Heureusement, la médecine a fait d’énormes progrès et toutes les composantes de l’équipe médico-administrative du Centre Hospitalier de Brive-La-Gaillarde m’ont entouré avec compétence, humanité et prévenance.

Le jardin devant l'entrée, juste après la grille. Un lieu très paisible, comme tout Montfaucon.


Douze jours plus tard, avant de sortir de l’hôpital, on me propose gentiment un séjour de revalidation au service de réadaptation cardiaque de La Roseraie à Montfaucon. Pas encore sorti de mes questions d’avenir, je reçois cette proposition comme une mauvaise nouvelle. Je vais donc si mal que je dois passer trois semaines dans ce que j’imagine être une sorte de prison, entouré de « cas » plus ou moins graves, beaucoup plus âgés que moi, qui suis dans la cinquantaine. Le choc en un mot. Je ne veux pas y aller, mais ai-je le choix ? Je suis depuis le début dans la confiance totale, autant y demeurer.
En attendant qu’une place se libère, je rentre chez moi, sans connaître mon nouveau « mode d’emploi ». Comme beaucoup de mes compagnons d’infortune, j’ai fini par me dire que je passerai une semaine à Montfaucon, le temps de connaître mes nouvelles limites et que je rentrerai chez moi.

La réadaptation : une chance

Bien avant la fin de la semaine, je comprends l’intérêt et la force de ce séjour de réadaptation. Le cadre (une nature belle, très éloignée de toutes les tentations de la ville), et l’extraordinaire équipe qui nous entoure (médecins, infirmières, aide-soignantes, kinés, diététicienne et administratifs) nous donne les moyens de rapidement comprendre que notre mode de fonctionnement n’est pas très différent « d’avant » à condition de renoncer à la suractivité et/ou de réduire l’impact de l’un des huit autres facteurs favorisant l’accident cardio-vasculaire. Mais en plus, ils permettent à chacun de nous de retrouver une forme physique bien meilleure « qu’avant » et un moral d’acier que vous soyez ou non démoralisé ou dépressif.

Une prise en compte globale

La famille est également prise en compte à la fois dans l’accompagnement immédiat auprès du patient, mais également pour elle-même. Elle a en effet besoin d’être rassurée et de se sentir capable d’un accompagnement à long terme. Sans les clefs qu’elle reçoit, la guérison personnelle et familiale serait bien difficile, voire compromise.


Une vue très inspirante photographiée depuis le banc où je me suis souvent assis, l'avenir devant moi.


Au milieu de la nature

Enfin, le cadre joue un rôle énorme dans ce retour à une santé « normale ». La qualité du service de cardiologie de La Roseraie est de très haut niveau, grâce à son plateau technique et à son équipe, mais également au cadre dans lequel elle exerce ses talents. Montfaucon est perdu au milieu d’une très belle campagne, très loin des tentations de la ville. C’est une chance incommensurable !
Nous pouvons faire nos exercices de marches de plus en plus longues et rapides, au milieu des prés, des champs et des bois. Cela les rend plus agréables, mais c’est surtout une occasion de ressourcement et de recentrage personnel sur l’essentiel, particulier à chacun, et qu’il nous faut découvrir ou redécouvrir.

Les rencontres avec les membres des deux équipes de patients, que j’ai côtoyés durant ce séjour, de tout âge, issus de tous les milieux socio-professionnels, sont aussi très riches et ce n’est pas le moindre intérêt de ces trois courtes, mais bénéfiques semaines.

C’est ce cocktail qui fait la force du service de cardiologie de La Roseraie. Le déplacer en tout ou partie dans un hôpital, fusse-t-il le meilleur de France, n’a aucun sens du point de vue du patient, or c’est bien lui qui doit être au centre de tout projet quel qu’il soit. Plus encore aujourd’hui, après toutes les professions de foi politiques entendues, après l’expérience douloureuse de la pandémie qui a montré combien s’écarter de cette objectif, voir l’oublier, a un impact immédiat sur la vie de la population, et donc sur le nombre de mort ou d’handicapés qui en résultent.

Quelques spectateurs curieux de nous voir passer tous les jours manquaient rarement l'occasion de nous saluer de façon sonore et joyeuse.


Comme pour nombre d’entre-nous, la fin du séjour ne s’envisage pas sans un regret : je serais bien resté une semaine supplémentaire tellement l’effet positif sur le corps et l’esprit est puissant. Mais c’est à moi de me prendre en main, de capitaliser tout ce que j’ai appris durant ces trois semaines.


L'une des belles maisons de Montfaucon. L'ancien presbytère transformé en gîte, situé à côté de La Roseraie


Aujourd’hui, trois ans plus tard, je suis toujours en pleine forme et probablement en meilleure santé « qu’avant » et que la plupart des personnes que je rencontre : je suis suivi, j’applique à la lettre les recommandations reçues, toutes les séquelles ont disparu, sauf une : 35 minutes de sport quotidien me donnent une énergie que je n’avais pas « avant ».

Une immense et éternelle reconnaissance à chacun de vous, membres du personnel de La Roseraie (et du CHR de Brive) pour tout ce que vous m’avez apporté et pour tout ce que vous m’avez permis de continuer à être : père de famille, époux, chercheur, enseignant…

C’est pour cela que je vous soutiens aujourd’hui et aussi parce que vous applaudir durant deux mois n’a aucun sens si chacun de nous ne s’engage pas à vos côtés quand l’occasion lui est donnée.

La rue principale de Montfaucon, située juste devant La Roseraie.
Sa rénovation se terminait en 2017.


Une autre surprise de taille

Trois semaines passées en vase clos permettent aussi de parler avec pas mal de monde du service, mais aussi avec le personnel des autres services (orthopédie, neurologie, pneumologie). Les gens se confient plus facilement, parcequ’ils ne vous reverront plus et vous ne pouvez pas peser sur leur avenir d’une façon ou d’une autre.
J’en suis arrivé assez rapidement à une conclusion qui se confirme aujourd’hui : une partie du personnel est en souffrance et n’a pas d’autre choix que de supporter mépris, placard et brimade ou de partir.
Un seul exemple : à mon grand étonnement, l’actuelle direction a mis à pieds quelques semaines avant mon arrivée le chef du service de cardiologie, au motif qu’il avait manifesté son opinion auprès de la direction et du conseil d’administration, et cela a quelques semaines de la retraite.

C’est pourquoi je suis convaincu que l’avenir de La Roseraie passe par le changement de la direction.
Le « monde d'après » était censé prendre en compte les patients, les soignants, l'emploi et une gestion non comptable de la santé. C'est le moment de s’en souvenir et de l’appliquer.

 

P. S. : Je constate au moment de publier cet article qu'il y a aujourd'hui 32 ans que mon Père est mort d'un second infarctus, un mois après le premier. Toutes les techniques courantes aujourd'hui n'en étaient qu'à leurs balbutiements. Il n'en a évidement jamais bénéficié.  Sa vie, et la nôtre, aurait peut-être été différente si cela était arrivé durant un séjour de réadaptation.





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