mardi 7 avril 2020

Le rideau ne se lèvera plus sur Jean-Laurent Cochet



Le comédien, ancien pensionnaire de la Comédie Française, metteur en scène, directeur de théâtre et formidable professeur est décédé, dans la nuit du 6 avril, à Paris à l’âge de 85 ans, à l’hôpital Bichat. Le chêne a été emporté par le Covid-19.
Pierre Gaxotte (1895-1982), journaliste et historien, membre de l’Académie Française, a résumé le comédien en une courte phrase : Jean-Laurent Cochet est le Maître le plus érudit de notre répertoire dramatique et lyrique. Il ajoutait : la mémoire théâtrale de ces quarante dernières années, et il réussit ce miracle d’en transmettre à lui seul l’essentiel.

Il lui a parfois été reproché de trop regarder le passé dans son enseignement, alors que comme tous les grands artistes, il y plongeait ses racines et son inspiration, pour nourrir le présent et être en avance sur le futur.
Souvent, je l’ai entendu répéter cette question, lorsqu’il commentait une scène qui venait d’être travaillée devant lui : « pourquoi suis-je là ? ». C’est selon lui la question centrale que doit se poser tout comédien, pour éviter que le spectateur ne se la pose. Le sens, l’inflexion, l’intention et la réaccentuation permettent ensuite au comédien de s’effacer et de servir « le » texte de l’auteur avec son corps, son âme et son cœur.
Pourquoi suis-je là ? N’est-ce pas la seule question que tout homme et toute femme devrait se poser régulièrement ?

Il a connu tous les géants du théâtre, a mis en scène tous les grands noms et formé plusieurs générations de comédiens et de comédiennes qui ont façonné le théâtre et le cinéma jusqu’à aujourd’hui. La liste est époustouflante : Daniel Auteuil, Emmanuelle Béart, Richard Béry,  Gérard Depardieu, André Dussolier, Juliette Duval, Andrea Ferreol, Bernard Giraudeau,  Isabelle Huppert,  Claude Jade, Fabrice Luchini, Jacques Mougenot, plus récemment Maxime d’Aboville, etc…
Il ouvre officiellement son cours d’art dramatique en 1964 parce que le théâtre est un métier qui s’apprend et se travaille. Imagine-t-on un pianiste qui ne travaille pas ses gammes ? Pour nous, c’est pareil. Il pouvait s’arrêter une demi-heure sur une finale mal placée.

Jean-Laurent Cochet fait partie de ces rencontres qui marquent une vie, vous confortent dans vos choix (ou vous bousculent), vous donnent une ligne de conduite. Je pensais souvent à lui en écoutant, sur Twitter ou Instagram, Fabrice Lucchini lire, depuis que nous sommes confinés, les fables de La Fontaine.  C’est un des moments de joie de ce confinement qu’il a la gentillesse de nous offrir.
Jean-Laurent Cochet a été un parfait Impossible Monsieur Degas, produit par Igor Barrère et réalisé par Syvie Ros, dont j’ai écrit le texte et un merveilleux Corot dans la pièce de Jacques Mougenot. Ce dernier est à présent le seul avec Lucchini à être capable de lire une fable comme La Fontaine les a écrites.

Jean-Laurent Cochet doit en avoir des choses à dire à René Simon, « la grande » Dussane, Louis Jouvet ou Madame Simone qu’il évoquait souvent. La fin est dans le commencement répétait-il régulièrement durant ses cours ; heureusement, certains ont été filmés pour que cela ne s’arrête jamais. Merci.


Pour approfondir
Jean-Laurent Cochet, Mon rêve avait raison, Paris, Pygmalion, 1998.
Jean-Laurent Cochet, Faisons encore un rêve, Paris, Pygmalion, 2004.
Le cours Cochet, devenir comédien, coffret de 10 DVD enregistré au Théâtre Daunou en 2001 et  produit par Canal 33.

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