dimanche 9 février 2014

Musées royaux : encore une note pour laver les cerveaux ?


Le Cinquantenaire, l'IRPA et les Beaux-Arts marchent sur la tête (gw)
 
Philippe Mettens, président de la Politique Scientifique Fédérale belge vient de faire connaître à la presse une nouvelle note de synthèse sensée débloquer l’épineux dossier de la répartition des dix établissements scientifiques fédéraux (ESF) dans des « pôles » (expressions administrative très à la mode) thématiques. Loin de satisfaire les intéressés, ce projet des pôles concentrent inquiétude et rejet, fondés, ainsi que je l’ai déjà souvent écris. Cette note doit encore être présentée au Ministre afin qu’il défende l’avenir des ESF devant le Gouvernement.




Que dire qui n’aurait déjà été dit sur le sujet ?  Que les deux protagonistes essentiels de cette note ne connaissent rien au monde des musées tel qu’il est envisagé partout dans le monde (ni aux autres institutions scientifiques). C’est un fait avéré, démontré et souligné de nombreuses fois par divers observateurs. On pourrait ainsi multiplier les exemples. Je crois qu’une fois de plus il faut reprendre son clavier de pèlerin et essayer à nouveau d’être le plus pédagogique possible en reprenant un à un les arguments développés dans un article de La Libre Belgique paru ce 6 février : La note qui propose le Big Bang des Musées (merveilleux exemple de la littérature hagiographique sans aucun esprit critique).
 

Il faut tout d’abord rappeler que le « Big Bang » est une belle expression médiatique, dont le sens à l’origine n’était pas réellement précis, et qui est aujourd’hui absolument creux. Je me permets de renvoyer le lecteur à mon article : Le Big patinage des musées. Prise deconscience ou communautarisation ?

 
L’objectif affiché par cette nouvelle note est de « faire mieux collaborer entre eux les musées et institutions scientifiques, de décloisonner les patrimoines, de créer des synergies ». Il n’est utile pour cela de créer une formidable usine à gaz. Il y a longtemps que les musées du monde, petits ou grands, collaborent entre eux. « Décloisonner les patrimoines » sonne joliment, comme son cousin le « geste architectural », mais ne veut absolument rien dire. Le Cinquantenaire et les Beaux-Arts ont (avaient) une image bien identifiée et leur coexistence n’est pas synonyme de cloisons étanches. La collaboration a pu connaître dans le passé des difficultés, mais les temps ont changé, les générations de conservateurs également. Il faut le prendre en compte.

 

La solution est simple, trop probablement, malheureusement sans incidence positive sur les egos que l’on sent très forts. Il suffit pour ces institutions de trouver les synergies, les collaborations possibles et de mutualiser certaines fonctions dites de support, le tout en maintenant l’autonomie des chacun des musées. Dans la nouvelle sémantique adoptée par cette note, il est à craindre que « décloisonner les patrimoines et éventuellement les répartir autrement » ne signifie rien d’autre que la poursuite du démantèlement en cours. Il est significatif que rien ne semble être dit sur les projets en cours, ni sur la définition même de ce que doit être un musée.
 

On se prend à rêver en lisant que soixante groupes de travail ont été créés pour réfléchir à la question. Quel merveilleux art de noyer le poisson dans une nouvelle note qui se veut faussement plus rassurante. La fusion ne concernerait plus que le Cinquantenaire et les Beaux-Arts. Le directeur ad interim du premier a convaincu d’autant plus facilement son collègue du second, qu’il s’agit, rappelons-le, de la même personne depuis trois ans…

Que penser dans cette optique d’un nouvel appel à candidature qui serait lancé par le Selor pour la direction du Pôle Art ? La mascarade du précédent appel est encore dans tous les esprits. Pensons également au nom qui circulait un an et demi avant le départ à la retraite d’Eliane De Wilde, précédente Conservatrice en Chef des Beaux-Arts : il était déjà le même qu’aujourd’hui. Je ne vois pas qui présenterait sa candidature dans des conditions pareilles (surtout lorsque l’on connaît la nature des épreuves auxquelles les candidats doivent se soumettre).

 

Pour terminer, je laisse le soin aux spécialistes des autres institutions de formuler un avis sur la fin de cet article, tant cela me paraît aussi peu réaliste (pôles, « structure collaborative », « consortium ») qu’en ce qui concerne les musées. Seul l’Institut Royal du Patrimoine Artistique semble, pour l’instant, tirer son épingle du jeu.
Les propos conclusifs de P. Mettens, sensés être rassurants, m’étonnent encore davantage : « On est parti cette fois des institutions elles-mêmes ». L’ensemble de cette note, telle qu’elle est décrite dans cet article, montre clairement une méconnaissance des fonctionnements muséaux. Mais plus inquiétant encore à mon avis est la question suivante, qui vient immédiatement à l’esprit : à partir de quoi ont donc été produits le précédent contrat d’administration et le projet des pôles, voire ce bon vieux livre blanc resté lettre morte ? Le masque est involontairement tombé.
On voudrait totalement déstructurer les dix établissements scientifiques fédéraux que l’on n’agirait pas autrement. Il faut avoir une pensée pour le personnel de ces institutions que l’on ballote depuis des années. Comment travailler dans de telles conditions ? Qui plus est dans un climat autoritaire, rappelons-le.
 

Non, décidément cette note ne rassure personne et ne présage rien de bon au regard d’un Ministre qui n’a pas eu le courage de prendre la décision qui s’imposait en décembre, d’un Gouvernement dont on ne voit pas qu'il comprenne réellement les enjeux, et des médias laudatifs presque à l’unisson, faute d’une connaissance de ce qu’est réellement un musée aujourd’hui.

Note d’avenir des musées ou acte de décès ?




A lire prochainement sur ce blog :
Les pôles prennent l’eau. Les musées coulent.
Musées Royaux bruxellois : une gestion en questions.
Musée fin de siècle ou Musée fin des Musées ?
Musées fédéraux : que faire ? Réponse à une question de lectrice.

 

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