Identification et datation : Un ami de Corot dans
son lit.
C’est un
évènement qui est passé inaperçu le lundi 26 mars dernier chez Maître Aguttes (SVV Aguttes, Paris, Drouot, salle 5, n° 31). Une très belle, forte et petite
étude de Corot a été adjugée dix fois au-dessus de son estimation basse, soit
71 500 €, enchère modeste il est vrai pour un Corot de cette qualité.
Sa rareté,
l’intimité amicale, presque familiale, de Corot qu’elle révèle et l’émotion que
portent ces quelques touches rapides de couleurs expliquent très certainement
ce beau résultat. Il faut aussi ajouter une grande qualité
picturale, la valeur documentaire et l’excellent état de conservation.
![]() |
Abel Osmond dans son lit : la mention
manuscrite au revers. © GW
|
Il est pour cette raison fort probable que la
mention manuscrite portée sur la traverse supérieure du châssis soit
postérieure au calque qu’il prit sur l’étude et qui illustre le catalogue de
1905. Robaut aurait certainement fait usage de cette information en donnant un
titre moins vague à l’œuvre et n’aurait pas commis l’erreur de datation que
nous constatons. En effet, Abel Osmond, le très cher ami de Corot, né en 1794,
est décédé le 23 juillet 1840.
Le manque de précision dans le titre de
l’étude interroge aussi sur la connaissance que Robaut pouvait avoir de
l’amitié qui liait Abel Osmond à Corot. L’un des trois frères d’Abel
(probablement Ferdinand), ne laisse pourtant aucun doute quant à l’identité du
modèle : « Portrait de mon
frère Abel étant malade, peint par son ami Corot ».
La santé fragile d'Abel est connue depuis le
premier voyage en Italie (1825-1828). Corot en fait état dans sa correspondance avec son ami.
Plusieurs épisodes de la maladie sont connus. Sommes-nous pour autant devant
une étude peinte en 1840 ? Cela est probable pour deux raisons. La
première est la datation proposée par Robaut. Certes elle est trop large, mais
elle indique la période à laquelle Robaut la rattache, avec justesse, par le
style. Pour notre part, nous y voyons une communauté de touche et de palette
avec Marietta, peinte en Italie en
1843 (Paris, Musée du Petit Palais, 29,3 x 44,2 cm). Les deux études présentent
des coups de brosse large, rapide, posés par grands aplats, dans un camaïeu de
tons présentant des similitudes. Dans le
cas d’Abel, il est relevé par le rouge du bonnet et le visage. Les bois
du lit sont travaillés dans un très beau et fin relief, tandis que la retombée
du ciel de lit semble sculptée dans la matière. Corot ne recourt pas
fréquemment à cette façon de faire, même dans ses études.
![]() |
Abel
Osmond dans son lit : détail de la retombée droite du ciel de lit et de la partie droite de la tête de lit. ©GW
|
L’étude est en très bon état. Elle ne présente
que trois toutes petites pertes de matière et deux retouches dans le visage que
montre bien la fluorescence d’ultraviolets[1].
______________________________
Huile sur
papier, marouflée sur toile, 14,5 x 20 cm.
Robaut 396.
1840
(juillet ?).
Inscription
au revers, sur la traverse supérieure du châssis : « Portrait de mon frère Abel étant malade,
peint par son ami Corot ».
Bibliographie
Vente Peintre d’Asie, XIXe siècle, Impressionnistes
& Modernes, tableaux russes, SVV Aguttes, Paris, Drouot, salle 5, 26 mars 2018, n° 31.
Walter (R.), Corot à Mantes,
Paris, 1997, p. 98-99, ill.
Robaut (Alfred),
Etienne Moreau-Nélaton, L'œuvre de Corot, catalogue raisonné et
illustré, précédé de l'histoire de Corot et de ses œuvres, Paris, 1905, vol. 2,
p. 142, n° 396 (ill.).
Provenance
Corot, jusqu’à sa mort le 22/02/1875 [2] – Famille Osmond –
Descendance Osmond jusqu’à la vente du 26 mars 2018.
[1] Je remercie infiniment Madame
Charlotte Reynier-Aguttes d’avoir pris le temps lors de l’exposition du 24 mars
2018 de m’avoir montré en détail l’étude et d’avoir pratiqué une fluorescence
d’ultraviolets. Une radiographie et une réflectographie dans l’infrarouge
seraient très intéressantes.
[2] R.
Walter, 1991, p. 99.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire